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Full text of "Jules Raymond Lame Fleury-Mythologie Greco-romaine:PARTIE 7-Diane in La mythologie racontee aux enfants"

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LA 



MYTHOLOGIE 



RACONTÉE AUX ENFANTS 



i 'Mï LAMÉ FL] 



Mi LAMÉ FLEURY 



NOUVELLE EDITION 



PARIS 

C. BORRÀNI, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

RUE DES SAINTS-PÈRES, 9 

1872 
GEORGE B. LOCKWOOD 

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DIANE. 101 



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DIANE. 



Lorsqu'on vous montrera une statue 
ou un tableau représentant une jeune 
femme belle et d'une taille élancée, dont 
la robe déjà courte est encore retroussée 
sur un genou, les cheveux noués par der- 
rière, le front surmonté d'un croissant, 
la main droite armée d'un arc, et ayant 
à ses pieds une biche ou un lévrier, vous 
pourrez dire à coup sûr : Cette figure est 
celle de Diane, fille de Jupiter et de La- 
tonb, et déesse de la chasse *. 

Latone, sa mère, ayant appris que 
l'implacable Junon la poursuivait pour 
la faire mourir, se précipita dans la mer, 
où, au lieu de la noyer, Neptune la re- 

1. PI. X, fig. 18. 



102 DIANE. 

eut dans une île flottante nommée Délos, 
qu'il avait fait sortir tout exprès des 
flots, d'un coup de son trident. Ce fut 
là que naquirent le même jour Diane et 
Apollon, deux divinités extrêmement cé- 
lèbres, puisque chez les Grecs elles repré- 
sentaient le soleil et la lune. 

Latone éleva donc dans l'île de Délos 
ses deux petits enfants, qui étaient si 
beaux et si spirituels que Ton en parlait 
dans tous les pays voisins. Une reine des 
environs, nommée Njgbé, ayant entendu 
vanter leurs grâces et leur amabilité, 
lorsqu'ils commençaient à grandir, vou- 
lut voir si tout ce qu'on disait de ces 
jeunes gens était véritable, et les fît ame- 
ner devant elle ; mais comme les mères 
préfèrent toujours leurs enfants à tous 
les autres, elle déclara que les siens étaient 
infiniment plus beaux que ceux de La- 
tone, et fit chasser honteusement cette 
déesse. Mais celle-ci, justement irritée 
des dédains de Niobé, arma Diane et 
Apollon de flèches aiguës, dont ils per- 
cèrent tous les enfants de cette reine jus- 



DIANE. 103 

que dans ses bras. La malheureuse mère, 
exaspérée de cette perte cruelle, se livra 
à un désespoir si lamentable, que Jupi- 
ter, touché de pitié, la changea en mar- 
bre, afin qu'il ne pestât plus en elle rien 
qui fût sensible. 

Diane et son frère étant devenus 
grands, Jupiter les appela dans l'Olympe, 
où il les admit ao nombre des dieux. 
Hébé leur versa le nectar qui donnait 
l'immortalité; et Diane fut chargée de 
présider à la chasse, qu'elle aimait pas- 
sionnément, tandis qu'Apollon reçut la 
direction du char du soleil. 

Diane était si laborieuse et si vigilante 
qu'etle n 'aurait pas «u assez d'occupa- 
tion, si son seul emploi eût été de pour- 
suivre les hôtes des forêts. Jupiter, qui 
s'en aperçut, lui donna en même temps 
le soin de conduire le char de la lune. 
C'est pourcela qu'elle porte sur son front 
l'emblème du croissant, qui caractérise 
cet astre. Mais cette charge lui en pro- 
cura une autre qui ne fut peut-être pas 
autant de son goût, oe fut de présider 



104 DIANE. 

aux enchantements, auxquels les anciens 
peuples ajoutaient une foi superstitieuse. 
En effet, comme la nuit est le temps 
où Ton croyait autrefois que les magi- 
ciens se rassemblaient pour préparer 
leurs sortilèges, et que la lune se fait 
voir précisément pendant la nuit, on sup- 
posa que Diane devait prendre part à 
leurs mystères, et on lui donna le nom 
d'HÉCATE, sous lequel elle était aussi 
adorée. Les voyageurs, avant de se met- 
tre en route, lui sacrifiaient un chien noir 
pour qu'elle les préservât de mauvaises 
rencontres pendant la nuit, et dans les 
grandes occasions on lui faisait un sacri- 
fice de cent bœufs, ni plus ni moins, ce 
que Ton appelait une Hécatombe, d'un 
mot grec qui veut dire cent. 

Ainsi, lorsqu'on vous parlera de Diane, 
vous vous rappellerez que cette divinité 
était adorée sous deux noms différents : 
Hécate ou la Lune au ciel, et Diane sur 
la terre. 

Cependant Diane, ayant obtenu de Ju- 
piter la permission de ne jamais se ma- 



DIANE. 105 

rier, passait sa vie à parcourir les bois 
et les montagnes, à la poursuite des bê- 
tes fauves, dirigeant elle-même ses chiens 
de chasse, suivie d'une troupe de nym- 
phes armées comme elle d'un arc, et por- 
tant sur l'épaule un léger carquois garni 
de flèches. 

Un jour qu'après une longue chasse, 
pendant une forte chaleur, elle se bai- 
gnait avec ses nymphes dans un bosquet 
écarté où coulait un ruisseau limpide, 
Actéon, l'un des plus intrépides chas- 
seurs du pays, s'étant égaré à la pour- 
suite d'im cerf, traversa le feuillage, et 
aperçut la déesse au moment où elle sor- 
tait du bain; mais Diane, pour le punir 
de sa témérité, lui jetant de l'eau au vi- 
sage, le changea aussitôt en cerf, et ses 
propres chiens, le prenant pour l'animal 
même qu'ils poursuivaient, se jetèrent 
sur lui et le dévorèrent. 

Ce fut un terrible châtiment, n'est-il 
pas vrai, mes enfants, que subit là le 
pauvre Actéon pour une simple indiscré- 
tion, et son effroi dut être aussi grand 



106 DIANE. 

que sa surprise lorsqu'il sentit son front 
se couronner d'un énorme bois de cerf, 
son visage s'allonger en museau, et ses 
bras, se couvrant de poils fauves, pren- 
dre la forme des jambes minces et déliées 
de ce léger animal. Il faut croire pour- 
tant que Diane ne l'eût point traité aussi 
sévèrement, si cette curiosité ne lui eût 
pas semblé volontaire ; car il n'y a pas de 
défaut qui donne plus mauvaise opinion 
de celui qui s'y abandonne. 

Diane, qui avait refusé de prendre un 
mari parmi les dieux, se repentît plus 
tard de oet engagement, et choisit pour 
époux un simple berger du mont Latmos, 
nommé ëndymion, qui était beau et ai- 
mable ; mais comme elle ne pouvait lui 
donner l'immortalité et l'appeler dans 
l'Olympe, elle venait souvent pendant la 
nuit le visiter dans sa chaumière. Les 
anciens croyaient que lorsque la lune se 
voilait de nuages, c'est qu'elle descen- 
dait auprès d'Endymion pendant son 
sommeil. 

Le plus fameux des temples où Diane 



DIANE . 107 

fut adorée était celui cPEphèse, en lonie, 
réputé pour Tune des sept merveille» du 
inonde, et qu'Érostrate incendia le jour 
même où Alexandre le Grand naquit en 
Macédoine. Je vous ai dit ailleurs par 
quelle extravagance cet Erostrate commit 
ce crime, qui réduisit en cendres l'un des 
plus admirables monuments de l'anti- 
quité. La statue de la déesse que Ton y 
adorait était en bois d'ébène et du travail 
le plus précieux.